Éloge de la reliure écolière

L’éducation vraie devrait vous aider à être si intelligent qu’avec cette intelligence vous puissiez choisir un travail que vous aimez, quand bien même ne suffirait-il pas à vous nourrir, mais à ne pas faire quelque chose de stupide qui vous rendrait malheureux pour le reste de votre vie.

Jiddu Krishnamurti

Cher tous,

J’ai le plaisir de vous annoncer la création de la maison d’édition «Les choses imprimées» dont je suis le promoteur. Vous trouverez plus d’information sur ses parutions sur le site internet que je lui ai dédié : leschosesimprimées.com

 

 

Si j’en restais là… ce serait un peu sec.

Bien évidement un tel évènement mérite un discours.

Il m’était passé par la tête d’écrire une déclaration d’intention autour de la profondeur du choix des textes et de leur actualité, du parti pris du papier face à l’ingénierie du virtuel et du gratuit, etc. Un truc dans le genre, vous voyez… un peu militant.

Mais une naissance me semble mériter mieux: quelque chose de plus amoureux, de plus terrien.

Je vais donc vous parler de l’élément charnière de mes livres, du point nodale de mes éditions. Je vais vous parler de celle qui transforme pour moi un bête paquet de feuilles en livre: la reliure écolière.

 

Éloge de la reliure écolière

Pourquoi la reliure écolière ? Elle s’est imposée à moi car elle me permet de relier les livres que j’imprime, un exemplaire après l’autre, quasi à la demande. La question de temps et de coût je ne me la pose pas, j’aime ces gestes et leur répétition. Si le livre se diffuse je continue, si il ne se diffuse pas, je m’arrête.

C’est sans doute dans mon processus de fabrication le point de régulation, de ralentissement absolu. Je peux accélérer l’impression avec une ou plusieurs machines plus rapides ou plus sophistiquées. Je peux accélérer la coupe avec un massicot de grande capacité : la reliure, ce n’est pas possible.

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La sous-traitance, je n’y pense même pas. N’oubliez pas qu’il s’agit de suivre au plus près la diffusion du livre comme la respiration accompagne l’effort. Un pied de nez à la fabrication de masse. Un pied de nez à notre économie où fabriquer beaucoup et forcer la main de l’acheteur (avec des produits plus ou moins utiles et plus ou moins solides) est la norme.

C’est un luxe me direz-vous. Certains diront que c’est un hobby… pas un vrai travail d’édition. Il est vrai que je n’envisage de tirer qu’un faible revenu de cet entreprise commerciale: les gens sont libres de voir ça comme ils le veulent. J’aime beaucoup cette phrase de Jiddu Krishnamurti que je cite au début de l’article, même si parfois je redouble mon année à «l’école de l’éducation vraie».

La reliure écolière me ralentit. Philosopher c’est ralentir disait Bruno Latour dans son intervention au Forum Le Monde/Le Mans. Ralentir n’est peut-être pas philosopher… mais c’est un début.

Une dernière petite histoire en espérant que ces quelques mots vous donneront envie de vous intéresser au contenu de mes pages, en dehors de ce qui les fait tenir ensemble… Ce qui au final n’est qu’un bout de ficelle.

J’ai appris à écrire avec une plume sergent major (… puis avec un Bic). Je me souviens très bien que mes cahiers, les plus viles d’entre eux, les cahiers de brouillon, avec un méchant papier pas si loin du papier journal, avaient une reliure écolière.

Rue Saint-Philippe entre la rue Dante et la rue Alexis Mossa, il y existait une librairie-papeterie scolaire où se vendaient pêle-mêle matériel scolaire et confiseries. Il me reste en tête son parfum indéfinissable. Un mélange d’odeurs de bois – celui des armoires vitrées et celui des crayons – avec des odeurs de papier et d’encre – imprimée ou en petit flacon –. Des odeurs de gouache et de pinceaux mêlées à celles des réglisses, caramels et autres délicieux bonbons artificiellement fruités qui aidaient à faire passer une certaine obligation de l’achat scolaire. Une odeur très particulière que je n’ai plus retrouvée depuis.

Faire revivre un parfum à jamais perdu voilà ce qui pourrait être une déclaration d’intention louable pour la reliure écolière… et pour Les choses imprimées.com.

Bonnes lectures

Pascal Popesco

TroisPoints

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